Note de l’artiste / Antony Squizzato

 

« Abstractions satellitales » est né en notant que le premier contact avec un environnement à découvrir se matérialise de plus en plus par l’interface d’un écran : GPS, ordinateur, tablette ou téléphone mobile. En vue de haut, à partir de n’importe quel lieu, gratuitement et dans l’instant, on peut observer le monde avec une précision vertigineuse.

Ayant travaillé 15 années comme directeur de création dans la publicité digitale, Antony Squizzato a exploré les interactions entre l’art et la technologie, au service des stratégies marketing des grands groupes. Depuis 2013, en rédemption dans une nouvelle vie d’artiste-peintre, il alimente son travail par l’observation des mutations dans la société au cours de ces années : dictature de l’instant, solitude derrière les écrans, addictions liées aux nouvelles technologies et à la consommation.
Un monde rationalisé

« Abstractions satellitales » se compose de peintures à l’huile en format carré, afin de décrire une logique de grille, un monde rationalisé par des algorithmes, soumis au passage récurrent de satellites.
Chaque tableau est le fruit de découvertes sur Google Maps, d’endroits « hors des sentiers battus » où on n’ira probablement jamais, graphiquement singuliers, et aux activités humaines identifiables.
Une fois « capturé », chaque lieu est synthétisé : couleurs, formes et ombres sont ramenées à leur essence, se rattachant ainsi à l’abstraction de peintres précurseurs (Malevitch, Delauney, Klee).

Interaction & mémoire

Le nom de chaque tableau est composé  des coordonnées GPS et du nom de l’endroit. De cette façon, le visiteur peut interagir en éditant les coordonnées GPS sur son mobile ou sa tablette et confronter en temps réel la photo satellite au tableau. Il se retrouve alors renvoyé à son propre état, à la fois cible et initiateur de sa propre user experience.

Il peut ainsi questionner la notion de mémoire du paysage : le champ de blé de l’été sera devenu un champ de terre l’hiver, le tarmac de l’aéroport sera passé en travaux.Quand le satellite repasse, le passé semble se perdre. En réalité, les data centers conservent cette mémoire, mais elle est le plus souvent inaccessible au grand public et réservée aux chercheurs.

« Abstractions satellitales » interroge : en étant le grand acteur de la course à l’instantanéité, le digital ne semble pas être le meilleur garant pour la mémoire, mais au contraire le grand témoin de l’accélération des activités productives de l’homme et de la mutation du paysage qui en découle, flagrante vue du ciel. En changeant son point de vue sur le paysage, l’artiste innove pour créer des échos entre l’écran et la toile.